Les services de santé au travail

10 avril 2020

« Il nous faut assurer la continuité du service auprès des entreprises, en s’adaptant à la situation ». Pr Paul Frimat, professeur émérite de médecine, université de Lille

Professeur émérite de médecine du travail à l’université de Lille, président de l’Institut de santé au travail du nord de la France, le Pr Paul Frimat a été un acteur majeur de l’évolution de la « médecine du travail » vers la « santé au travail ». Dans la conjoncture actuelle, où la reprise de l’activité économique se profile après plusieurs semaines de confinement général, son éclairage est particulièrement précieux.

Cette crise repositionne dans le débat public le sens et la valeur du travail. Un pays ne fonctionne pas si le travail ne fonctionne pas bien. Et la santé est essentielle au travail. La question n’est pas là.

Il nous rappelle qu’être attentif aux risques et à la prévention est fondamental. L’approche collective permet d’accompagner et de conseiller l’entreprise, en fonction de ses besoins de santé. La crise du Covid-19 nous rappelle le caractère essentiel de ces deux approches. C’est le sens général de l’ordonnance du 1er avril et de son décret d’application du 8 avril.

Les services de santé au travail sont là pour conseiller. Et les risques classiques, non liés à la crise sanitaire, ne doivent pas être oubliés. Information, éducation et prévention restent des missions essentielles. Mais le médecin du travail pourrait aussi devenir un acteur du parcours de soins.

C’est ce qui est envisagé avec l’ordonnance du 1er avril 2020. De même, le médecin du travail pourrait participer au dépistage du Covid-19. Sans les décrets d’application non publiés à ce jour1, le chef d’entreprise ne peut obtenir cela de la part de son médecin du travail. Soit on regarde s’il y a présence de virus dans les fosses nasales, avec un prélèvement de sécrétions réalisé grâce à un écouvillon.

Beaucoup d’employeurs rêvent d’organiser une prise de température à distance à l’entrée de l’entreprise. Sur le fond, la température n’est présente que si la personne développe les premiers symptômes. Des personnes sans température sont porteuses du virus. La température peut être prise au domicile et être motif de consultation en ville.

Sur la forme, l’employeur qui veut se lancer dans cette prise de température à l’entrée de l’entreprise ne peut le faire que s’il l’inscrit dans le règlement intérieur. Donc, il ne peut le faire que si les représentants du personnel sont d’accord. Par contre, hors cadre règlementaire, c’est le salarié qui décide de venir consulter son médecin du travail. Je dois rappeler que l’indépendance du médecin et le secret médical restent présents, même en période de crise.

Auprès de son service de santé au travail. Et là, il faut se préparer, dès à présent, à la sortie du confinement. Il faut garder le collectif de travail tout en maitrisant le risque sanitaire, sans oublier la prévention des risques classiques. Pour certains métiers, il va falloir prendre en charge le stress post-traumatique. Cela durera plusieurs mois.

Le dirigeant d’entreprise disposera de supports adaptés, par exemple, des fiches- conseils et des guides réalisés par métiers. En sachant qu’un risque sanitaire général et/ou un risque lié au travail impacte clairement le fonctionnement de l’entreprise. La « santé au travail » est au service des salariés et leurs entreprises.

Il est co-auteur de deux rapports

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